La truite fario

Cette " belle mouchetée " encore appelée " truite brune " - comme la nomment les britanniques sous les termes de " Brown trout " - ou " truite fario " conformément à son nom scientifique Salmo trutta fario, est la reine des poissons d'eau douce. Elle se comporte d'ailleurs comme telle quand sa taille devenue respectable lui permet de supplanter ses congénères et d'imposer son autorité.
1) Morphologie
La fario est un salmonidé dont la taille et le poids sont totalement dépendants de la qualité des eaux et de leur richesse en éléments nutritifs. Longue de 25 à 40 cm (exceptionnellement 70), elle se reconnaît à son corps élancé, fusiforme parfaitement adapté à une nage rapide, à sa dorsale insérée à égale distance de la tête et de la queue et située à l'avant d'une petite nageoire adipeuse, signe distinctif des salmonidés. Elle porte également de longues pectorales (1/7 de la longueur du corps) et une large caudale droite ou très légèrement échancrée. Sa tête massive et bien profilée se termine par un museau pointu et une bouche largement fendue, armée de nombreuses petites dents acérées, implantées sur les mâchoires, les os de la bouche et la langue. Le mâle se reconnaît à ses mâchoires plus conséquentes et à ses dents fortes et crochues, recourbées vers l'arrière.
2) Coloration
La truite a des couleurs variables selon son habitat : elle porte une robe très sombre sous les roches ou dans les cours d'eau ombragés et une livrée argentée sur les gravières et dans les cours d'eau ensoleillés. Elle doit ce mimétisme à la contraction ou à la dilatation de ses cellules pigmentées. Mais généralement elle présente un dos sombre, brun foncé à gris verdâtre, des flancs aux teintes dégradées constellés de points noirs et rouges légèrement circonscrits de rose ou de bleu. Ces taches distinctives apparaissent aussi sur les opercules et la nageoire adipeuse mais pas sur la caudale (Il existe une variété méditerranéenne qui ne possède que des ponctuations brunes).
3) Régime alimentaire
La truite de rivière est un poisson carnivore, très vorace,
qui chasse aussi bien le jour que la nuit avec une préférence
pour le jour et le crépuscule en été, et pour la nuit
au début de l'hiver. Elle se nourrit indifféremment de petits
invertébrés (crustacés, mollusques, larves d'insectes
aquatiques ou aériens), de petits poissons (vairons, goujons, loches,
chabots, alevins de perches), parfois de jeunes congénères
ou de petites grenouilles… La composition de sa nourriture varie en
fonction de la saison et de sa taille. En hiver - après une activité
intense pour préparer la période de reproduction - elle ralentit
son alimentation (elle peut même cesser de manger) et ne reprend son
activité maximale qu'au printemps.
La truite en quête de nourriture a un comportement caractéristique
: elle se place à l'affût, proche d'un obstacle en adoptant
une nage stationnaire dans une veine d'eau susceptible de lui apporter un
maximum de nourriture. Elle regarde venir sa proie, la laisse passer puis
se retourne pour la poursuivre et finalement s'en saisir.
4) Reproduction
La truite fario est sexuellement mature vers 2 ans pour les mâles
et 3 pour les femelles. D'octobre (ou novembre) à janvier (ou février),
elle se reproduit à une température comprise entre 5°
et 12 °. Les géniteurs se retrouvent après avoir effectué
une migration plus ou moins longue vers l'amont des rivières pour
bénéficier d'une meilleure oxygénation et d'un bon
substrat. Les mâles très agressifs dissuadent les importuns
pendant que les femelles aménagent avec leur caudale une dépression
dans les graviers pour y pondre 1500 à 4000 œufs (par kilo de
poids). Les ovocytes, d'un diamètre de 4 à 5 mm et d'une couleur
orange, seront immédiatement fécondés par la semence
mâle qui, à l'instar des œufs, s'altère très
vite (en moins de 30 secondes). Puis la femelle les recouvre de graviers
afin de les protéger du courant et d'éventuels prédateurs.
Très vite, la frayère est abandonnée.
La période d'incubation varie en fonction du taux d'oxygène
dissous et de la température de l'eau. Elle est d'environ 400 degrés
jours (exemple : 40 jours dans une température à 10°)
A la naissance, l'alevin toujours protégé par les graviers,
se nourrit de ses réserves vitellines qui seront résorbées
en 4 à 6 semaines. Dès lors, il émerge des graviers,
et se trouve en mesure de se nourrir seul et de se maintenir face au courant
dans la traditionnelle nage stationnaire. Mais il lui faudra se protéger
des prédateurs ; il a d'ailleurs peu de chance de devenir adulte
puisqu'on estime qu'un seul couple géniteur survit à 800 ovocytes
! Il vrai que les truites elles-mêmes pratiquent le cannibalisme si
elles n'ont pas suffisamment de nourriture !
5) Habitat et distribution
Si ce salmonidé se trouve dans toutes les régions de France
- aussi bien en plaine qu'en montagne - en revanche, il ne peut. vivre qu'à
des températures inférieures à 18°. Il ne supporte,
par ailleurs, que des eaux relativement pures, froides et bien oxygénées.
La truite de rivière, plutôt solitaire, partage cependant son
poste de repos avec d'autres poissons. En revanche elle possède un
poste de chasse qu'elle défend âprement et dont la qualité
est proportionnelle à la taille de l'animal. Si la truite vient à
mourir, le poste d'affût est immédiatement pris par une congénère
en attente de son tour. Quant au poste de sécurité, à
l'abri des pierres ou dans la berge, il permet à ce poisson sauvage
de se dissimuler et d'attendre la fin du danger.
6) Protection
Afin de protéger l'espèce, des mesures ont été prises visant notamment la taille minimale légale de pêche (entre 20 et 25 cm, 18 en Corse), le nombre de prises par jour (de 6 à 10, selon les départements), les dates d'ouverture (entre mars et septembre).