La truite macrostigma

Porté depuis près de deux ans, le projet Life de la fédération interdépartementale de pêche vient d'être retenu par la commission européenne pour un montant de 2 millions d'euros.La mise en eau répétée depuis des décennies de truites en provenance des piscicultures de l'atlantique, l'irresponsabilité de certains pêcheurs ayant introduit illégalement des espèces autres que la truite dans quelques plans d'eau ou rivières, ont altéré fortement les populations présentes..Une "contamination génétique" a en effet été constatée mettant en danger la vieille et endémique macrostigma implanté sur l'île depuis des millions d'années, selon les études. Il existe aujourd'hui plusieurs espèces de truites fario dans les eaux insulaires. La préoccupation de la Fédération de pêche et de protection des milieux aquatiques a donc été de trouver les moyens de sauvegarder, de développer et de réimplanter la Salmo Trusta Macrostigma."Pour cela nous avons dons élaboré un projet Life auprès de la commission Européenne, détaillant précisément les objectifs et les actions à mener durant 4 années. Une tache qui a en quelque sorte été facilitée, car la macrostigma était classée à l'annexe II de la directive habitat. Ce fut un immense travail qui a abouti à la présentation du projet en mars dernier. Un projet qui a été adopté finalement il y a seulement 15 jours, avec à la clé un financement de 2 millions d'€", a expliqué Antoine Battestini, président de la fédération.Le programme a déjà débuté.Le programme Life est donc lancé et sa mise en marche n'a pas tardé puisque la fédération a déjà recruté un chef de projet. Stéphane Muracciole, titulaire d'un DESS d'ingénierie de l'écologie de l'université de Corse, est désormais chargé de suivre l'évolution des actions.Des actions qui seront menées en plusieurs étapes et consistant tout d'abord à protéger les populations et leur habitat sur des sites déjà répertoriés du haut prunelli, du haut taravo et du haut fium'orbu. Trois sites pilotes sur lesquels les études génétiques ont prouvé la présence de la macrostigma. Ces sites seront donc constitués en réserve où la pêche ne sera pas autorisée.La deuxième étape, lancée dans les jours qui viennent, sera de développer la macro stigma en pisciculture en prélevant les géniteurs dans les réserves. Parallèlement l'espèce sera mise en eau sur des sites naturels :"la Fédération va d'abord procéder à l’acquisition de terrains bordant certains cours d'eau comme le fium'orbu par exemple où un canal sera construit. Nous pourrons ainsi surveiller l'évolution des truites."La troisième étape permettra enfin de réintroduire la truite corse dans les ruisseaux vierges, vidés au préalable de toutes les autre espèces.Appel au civismeC'est donc un vaste chantier qu'entame la fédération, mais un chantier qui ne pourra aboutir sans l'aide des pêcheurs : "Nous misons sur l'intelligence des hommes, sur le civisme, ... Il faut bien se dire que le projet est porté par la Fédération mais les pêcheurs doivent obligatoirement se l'approprier. Il est important d'agir ensemble pour sauver la truite emblématique de la Corse."Il s'agira là, très certainement du volet le plus délicat pour la réussite de l'opération. C'est là que les différentes associations agréées vont jouer leur rôle, en organisant des réunions d'information. Car la communication sera, c'est certain, la clé du succès.